Fondé au début du XI°
siècle par Gilbert, évêque de Poitiers, le château
d'Angles surveille la frontière orientale du Poitou. Vers 1100,
il devient possession des Lusignan En 1192, afin d'éviter à
l'évêque de payer la rançon de Richard Coeur-de-Lion
captif, les Lusignan y accueillent le trésor de la cathédrale.
Ils quittent Angles à la fin du XIII° siècle et l'évêque
y redevient le véritable seigneur.
Au début de la guerre de Cent Ans, le capitaine du château,
Guichard IV d'Angles, est nommé sénéchal de Saintonge
(1346). Valeureux guerrier, il combat aux cotés du roi de France,
Jean le Bon. Suite à la défaite des Français à
Poitiers en 1356, Angles passe sous domination anglaise. Guichard, sur
la demande de Jean le Bon, prête alors serment au roi d'Angleterre.
Après la reconquête du Poitou par Du-Guesglin et le duc
de Berry (1375), Guichard est accusé de trahison et ses biens
sont confisqués. Vers 1424, la châtellenie d'Angles, forte
de 60 fiefs environ, est érigée en baronnie royale par
Charles VII. Les évêques Hugues de Combarel (1424-1441)
et Guillaume de Charpagne (1441-1448) effectuent alors d'importants
travaux.
Aux XVI° et XVII° siècles, le château subit les
troubles des guerres de religion et de la Fronde. Peu à peu,
l'édifice est délaissé et abandonné en 1702.
Carrière publique à la Révolution, il est divisé
en parcelles cultivées au XIX° siècle. Acheté
par la société des Antiquaires de l'Ouest, il est classé
Monument Historique en 1926. Depuis 1986, il est propriété
de la commune.

LE CHÂTEAU
Son plan est soumis à la configuration du site, un éperon
rocheux étroit dominant de 48 mètres le cours de l'Anglin.
Au XI° siècle, le château d'une longueur de 230 mètres
environ présentait un schéma à emboîtements
: 4 secteurs étaient séparés par un fossé.
L'abandon de la motte à la fin du XI° siècle puis de
la plate-forme au XV° siècle en réduisit sa longueur
à 140 mètres. 2 entrée permettaient d'y pénétrer.
L'ENTRÉE NORD
(B)
En avant, le bastion percé d'une porte est un vestige de la seconde
enceinte. Le tourelle arasée encadrait, avec une autre, une porte
cochère. Installée entre 2 tours, l'entrée ouvre
sur la cour principale. La porte, en partie masquée au XV°
siècle, est couverte d'un arc brisé reposant sur 2 colonnettes
à chapiteaux feuillagés. Au-dessus, 2 anges portent un blason
dégradé. Construite selon un plan en amande et haute de
4 niveaux, la tour de la prison (XV° Siècle) n'a jamais vu
de prisonnier. Protection symbolique de l'entrée, la chapelle Sainte-Marie
( début du XII° siècle) présente une nef unique
et abside hémicirculaire (autrefois voûtée). Reprise
au XV° siècle, ses murs furent doublés et les baies
bouchées.
LA TOUR AMALLEC (P) &
LE PETIT CHÂTEAU (O)
A l'angle sud-ouest, la tour Amallec (XV° siècle) surveille
le pont sur l'Anglin. Malgré ses archères canonnières,
le Petit château est un bel exemple d'hôtel résidentiel
de la fin du Moyen-Âge. De plan rectangulaire, flanqué d'une
tour d'escalier, il possédait 3 niveaux sous un haut toit à
double pan. L'entrée principale, encadrée par 2 demi-colonnes
engagées, est sommée d'un arc à double voussure.
Au-dessus, 2 anges portent les armes de Hugues de Combarel, 3 coquilles
Saint-Jacques et un demis-éperon. L'intérieur présente
encore les portes de la communication, les vestiges de cheminées
et de baies à meneaux.
LA TOUR AUX OIGNONS (E)
Cette tour de défense à demi-conservée (XIII°
siècle) doit son nom aux oignons qui y étaient entreposés
au XIX° siècle. Raidie par 3 contreforts, elle est renforcée
d'un puissant talus au XV° siècle. Sa salle inférieure
est accessible depuis la cour par un escalier couvert de dalles plates.
LE DONJON-PALAIS (F)
De plan trapézoïdal, flanqué de contreforts tourelles,
le donjon date de la fin du XI° siècle. Au XV° siècle,
il est percé de grandes baies, agrémenté de hauts
pignons (celui du sud est tombé en 1900) éclairés
par des fenêtres à meneaux et d'une grosse tour pleine. Cette
dernière renfermait au sommet une salle donnant sur le chemin de
ronde crénelé. Vers le vallon, sa base talutée présente
l'orifice d'évacuation des latrines. A chaque niveau, celles-ci
étaient dissimulées derrière une cheminée
(angle est). Le donjon possédait 4 niveaux planchéiés
desservis par une tour d'escalier (angle ouest). Une porte, défendue
en hauteur par une bretèche, ouvre sur la cour, longue de 16 mètres
et haute de 10, est d'époque romane. Elle est en partie masquée
par l'adjonction, au XIV° siècle, d'un avant-corps carré
défensif, couvert d'un toit en pierre. Contre celui-ci, les traces
d'arrachement marquent le départ de l'enceinte (fin XI° siècle)
qui s'étendait jusqu'à la plate-forme.
LA COUR SECONDAIRE (S)
Fermée de hauts murs crénelés (XV° siècle),
elle est défendue par 2 niveaux d'archères canonnières.
Celles du sommet étaient desservies par un chemin de ronde en bois.
Vers l'est, une porte protégée par une bretège ouvrait
sur la plate-forme. Elle fut renforcée quelques années plus
tard par un sas puis une tour-porte.
LA PLATE-FORME(W)
Elle est séparée de la cour secondaire par la Tranchée
des Anglais, une faille naturelle en partie aménagée. Près
de la tour d'angle et face à la motte, se trouve l'autre entrée
principale du château. Sa porte en plein centre ouvre sur un couloir
long de 5 mètres, coudé lors de l'érection de la
chapelle. L'accès se faisait par une passerelle de bois. Composée
d'une nef à 2 travées charpentées, la chapelle Saint-Pierre
(début XII° siècle) est fermée par un choeur
en quart-de-cercle sur lequel apparaissent des fragments de peintures
murales (XV° siècle).
La forteresse d'Angles demeure, malgré les aménagements
successifs, un étonnant témoignage militaire de l'époque
romane. Avec l'installation sur l'autre rive du monastère Sainte-Croix,
elle donna naissance à un bourg important (ville-haute et ville-basse)
clos à son tour de murs au XV° siècle.
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